التعليم في إفريقيا: التعلّم بطريقة مختلفة استعدادًا للمستقبل
على أثير برنامج The African Pulse في إذاعة Ifrikya FM، خصّصت إيمان نواد وموسى سلف نصف ساعة للتعليم في إفريقيا ومستقبل التعلّم. هل يستطيع التعليم الرقمي أن يجعل المعرفة في متناول الجميع بينما لا تزال الفجوة الرقمية عميقة إلى هذا الحد؟ وما قيمة شهادات لا تلبّي الاحتياجات الفعلية للشركات؟ وما الذي ينبغي أن يتعلّمه شباب القارة كي يبنوا بدل أن ينتظروا؟
Le 14 septembre 2026, The African Pulse, l’émission en anglais de Radio Ifrikya FM animée par Imen Nouad, consacrait un numéro d’une demi-heure à l’éducation en Afrique et à l’avenir de l’apprentissage. Ce texte n’en est pas la retranscription. Il en reprend les idées, dans l’ordre où elles se sont enchaînées, pour qu’elles puissent se lire sans l’écoute et se discuter après elle.
Deux regards s’y complètent plus qu’ils ne s’y opposent. Moïse aborde la transition numérique, les filières scientifiques et l’entrepreneuriat des jeunes. Imen ramène chaque fois la discussion aux conditions matérielles : l’accès, le coût, la formation des enseignants, et ce que le marché du travail attend réellement des diplômés.
Une éducation africaine face à un changement de paradigme
Le débat s’ouvre sur un constat partagé : le système éducatif africain fait face à des défis majeurs. Moïse souligne l’urgence de moderniser les méthodes d’enseignement, et il situe cette urgence dans le temps. Le continent traverse deux transitions à la fois, l’une démographique, l’autre numérique, et l’école telle qu’elle fonctionne aujourd’hui n’a été conçue pour accompagner ni l’une ni l’autre. Une génération plus nombreuse que la précédente arrive dans des classes qui enseignent encore comme avant, pour un monde qui ne l’est plus.
Imen rejoint ce constat et en élargit la portée. Le problème n’est pas seulement la méthode, c’est la carte : les disparités régionales sont profondes, et elle insiste sur la nécessité de repenser l’accès aux ressources pédagogiques, en particulier pour les jeunes des zones rurales ou défavorisées, ceux pour qui la modernisation reste un mot tant qu’elle n’arrive pas jusqu’à eux. Le cadre est posé : changer la manière d’apprendre, oui, mais à condition d’atteindre les élèves les moins bien servis.
Le numérique peut-il démocratiser l’accès au savoir ?
Moïse développe ensuite ce que le numérique change, ou peut changer, dans la salle de classe. Il évoque deux leviers : les plateformes éducatives interactives et l’accès aux cours à distance. L’intérêt qu’il leur trouve n’est pas d’abord technique. Ces outils rendent possible ce que la géographie interdisait : suivre un cours de qualité sans habiter à côté de l’établissement qui le donne. C’est en ce sens qu’il parle de démocratisation du savoir.
L’argument répond précisément aux disparités décrites plus tôt. Si l’obstacle est la distance entre l’élève et la ressource, alors une ressource qui voyage jusqu’à l’élève est une réponse. Un cours à distance, une plateforme accessible depuis un téléphone, une bibliothèque qui ne dépend plus d’un bâtiment : autant de manières de contourner ce qui, pendant des décennies, a réservé les meilleures formations à ceux qui vivaient au bon endroit. Reste à savoir jusqu’où voyage réellement cette ressource, et à quel prix.
La technologie ne suffit pas
Imen nuance l’enthousiasme technologique sans le rejeter, en lui opposant trois obstacles très concrets. Le premier est la couverture réseau, insuffisante dans une grande partie des territoires où les élèves auraient le plus besoin de ces plateformes. Le deuxième est le coût des équipements informatiques : un cours à distance suppose un appareil pour le suivre, et cet appareil a un prix que beaucoup de familles ne peuvent pas payer. Le troisième est humain, et c’est peut-être le plus souvent oublié : les enseignants doivent être formés en continu aux nouveaux outils, sinon la technologie arrive dans la classe sans personne pour s’en servir.
Ces trois points dessinent ce qu’on appelle la fracture numérique, mais ils la rendent plus précise que l’expression ne le fait d’ordinaire. La fracture n’est pas seulement entre ceux qui ont une connexion et ceux qui n’en ont pas. Elle passe aussi entre les établissements qui peuvent équiper leurs élèves et ceux qui ne le peuvent pas, et entre les enseignants qu’on a accompagnés et ceux qu’on a laissés seuls devant l’outil.
Moïse décrit ce que la plateforme rend possible à l’arrivée ; Imen, tout ce qu’il faut au départ pour que l’arrivée existe. Le numérique éducatif est un levier, mais un levier a besoin d’un point d’appui, et ce point d’appui s’appelle infrastructure, équipement et formation.
Former pour quels emplois ?
Le débat quitte ensuite la salle de classe pour regarder ce qui attend les élèves à la sortie. Imen met l’accent sur un décalage fréquent entre les cursus universitaires traditionnels et les besoins réels des entreprises. Des jeunes sortent diplômés de filières qui ne correspondent pas à ce que les entreprises cherchent réellement : le diplôme existe, la compétence attendue n’est pas dedans.
Sa réponse tient en trois orientations : renforcer les filières techniques, développer l’apprentissage professionnel, et privilégier les compétences directement mobilisables dans le monde du travail. Ce n’est pas un plaidoyer contre l’université, c’est un plaidoyer pour que la formation regarde le marché qu’elle prétend servir. La conséquence, que l’échange ne formule pas mais que son propos implique, est qu’une formation professionnelle qui apprend à faire ce que les entreprises cherchent réellement vaut, pour celui qui la suit, davantage qu’un parcours prestigieux qui ne mène nulle part.
Jusque-là, la question était d’amener le savoir jusqu’aux élèves ; elle devient ici : quel savoir, et pour quoi faire. Une éducation peut être accessible et moderne, et rester inadaptée si elle prépare à un monde du travail qui n’existe pas.
STEM, compétences pratiques et entrepreneuriat
Moïse aborde la même question par un autre versant. Il défend la promotion des filières STEM en Afrique, c’est-à-dire les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques, ainsi que le développement de l’entrepreneuriat chez les jeunes. Lus ensemble, les deux se répondent : les disciplines scientifiques donnent les outils, l’entrepreneuriat donne une raison de s’en servir qui ne dépend pas d’un employeur.
Car c’est là que se trouve son idée centrale. L’avenir de l’apprentissage en Afrique, soutient-il, doit aussi passer par la capacité des jeunes à créer des solutions locales, adaptées aux réalités économiques, sociales et technologiques du continent. Autrement dit, l’école ne doit pas seulement préparer à occuper un emploi ; elle doit préparer à en inventer, et à inventer les produits et les services que le contexte africain réclame et que personne ne viendra concevoir à leur place.
Rapprochées, les positions d’Imen et de Moïse ne font pas deux programmes, mais un seul, lu depuis deux côtés. Elle décrit ce que le marché du travail demande aujourd’hui et que l’école ne fournit pas. Il décrit ce que les jeunes pourraient construire demain si on leur en donnait les moyens. Compétences professionnelles d’un côté, capacité de création de l’autre : une éducation qui ne donne que la première forme des exécutants pour des entreprises qui n’existent pas encore ; une éducation qui ne donne que la seconde forme des entrepreneurs sans métier.
Construire l’école africaine de demain
Moïse et Imen concluent sur la même nécessité : une meilleure synergie entre tous ceux qui font l’éducation. Aucun des cinq acteurs qu’ils nomment ne peut, seul, produire l’éducation dont le continent a besoin. On peut lire ainsi la part de chacun : les politiques publiques fixent le cadre et financent le réseau sans lequel les plateformes et les équipements apportés par les initiatives privées n’atteignent personne ; les établissements forment, à condition que leurs enseignants le soient eux-mêmes ; les entreprises disent de quelles compétences elles ont besoin et ouvrent leurs portes à l’apprentissage ; et les acteurs de terrain savent où sont les élèves que les statistiques ne voient pas.
L’objectif que les deux intervenants formulent en fin d’échange tient en quatre adjectifs, et chacun répond à un moment du débat. Une éducation résiliente, parce que les transitions démographique et numérique ne s’arrêteront pas pour laisser l’école se réorganiser. Inclusive, parce que la fracture numérique et les disparités régionales excluent d’abord ceux qui ont le moins. Accessible, parce que le savoir qui ne voyage pas jusqu’à l’élève n’est pas un savoir démocratisé. Orientée vers l’innovation, parce que former des jeunes à reproduire ne suffit plus quand le monde qu’ils rejoignent change plus vite que les programmes.
Ce qui ressort de cette demi-heure n’est pas une solution, c’est une manière d’ordonner le problème. L’enseignement en Afrique ne changera pas parce qu’on aura décidé qu’il devait changer, mais parce que ceux qui le financent, ceux qui le dispensent et ceux qui embauchent à sa sortie auront accepté de tirer dans le même sens.