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Moïse B. Selph
PaiementsSeries · 7 chapters30 min read

Sauter une génération

L’Algérie n’a jamais vraiment connu le Mobile Money qui a transformé une partie de l’Afrique. Elle pourrait entrer directement dans sa génération suivante. À une condition que la technologie ne remplit pas.


Le 23 septembre 2026, la Banque d’Algérie a autorisé Djezzy Payment Services à se constituer en prestataire de services de paiement. Pas encore à opérer. Au même moment, la 5G s’installe, des data centers souverains ouvrent, l’intelligence artificielle apprend à agir. De quoi imaginer que l’Algérie saute le Mobile Money de première génération. Cette série confronte l’hypothèse à une seule question : combien de fois un dinar numérique change-t-il de mains avant de redevenir un billet ?

Chapitre 1 · Le pays qui pourrait sauter une génération

Le mercredi 23 septembre 2026, la Banque d’Algérie publie un communiqué de quelques lignes. Le Conseil monétaire et bancaire a décidé d’autoriser Djezzy Payment Services, filiale d’Optimum Telecom Algérie, l’entreprise qui exploite Djezzy, « à se constituer en Prestataire de Services de Paiement ». La décision est prise en application du règlement 25-02 d’avril 2025, qui fixe les conditions d’autorisation, d’agrément et d’exercice de ces nouveaux acteurs créés par la loi monétaire et bancaire de 2023.

Il faut lire la phrase exactement. Djezzy Payment Services n’est pas un PSP agréé. La société est autorisée à se constituer. Elle dispose ensuite d’un délai maximal de douze mois pour déposer une demande d’agrément. Tant que cet agrément n’est pas accordé, elle ne peut proposer aucun service de paiement au public. À la date où j’écris, le 28 septembre 2026, je n’ai trouvé aucune trace d’un agrément. L’entreprise n’a pas non plus précisé quels services elle offrira, ni quand.

Voilà pour le fait. C’est peu. La presse algérienne le présente pourtant comme une première : un opérateur de téléphonie mobile entre dans la procédure qui peut le mener au métier du paiement.

Le paradoxe

Au Kenya, M-Pesa est lancé en mars 2007. En Tanzanie, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Ghana, le Mobile Money s’est construit pendant quinze à vingt ans autour d’un téléphone basique, de codes tapés sur le clavier, d’un réseau d’agents et d’une question simple : comment envoyer de l’argent là où il n’y a pas de banque ?

L’Algérie n’a presque rien connu de cela. Et elle ouvre la porte du paiement aux opérateurs à un moment très particulier. Le smartphone est banal. La 5G a été lancée commercialement début décembre 2025. Le paiement par QR code existe. L’État inaugure des data centers présentés comme le socle d’un cloud souverain. Et l’intelligence artificielle commence à passer du statut d’outil qui répond à celui d’outil qui agit.

D’où la question qui lance cette série : et si être en retard sur la première génération permettait parfois d’arriver directement à la deuxième ?

L’idée a des précédents célèbres. Une partie de l’Afrique est passée au téléphone mobile sans jamais avoir eu de réseau fixe dense. On appelle cela un saut de génération, ou leapfrogging. L’Algérie pourrait, de la même façon, passer du cash et de la carte postale directement à une infrastructure de paiement programmable, sans passer par le wallet télécom de 2007.

Ce qui ne va pas dans cette idée

Le retard n’est pas une stratégie. C’est d’abord un retard.

L’absence d’une ancienne infrastructure ne garantit en rien l’adoption de la suivante. Le téléphone mobile a sauté le fixe parce qu’il résolvait mieux le même problème, pour moins cher, sans attendre des années de travaux. Rien de tel n’est acquis ici. Un pays sans Mobile Money 1.0 peut aussi bien rester sans Mobile Money du tout, avec quelques applications de paiement de plus et le même rapport au cash.

Il y a pire. Dans ma précédente série, Quinze dinars retirés pour un dinar dépensé, j’ai montré qu’en Algérie, en 2025, on a retiré aux distributeurs environ quinze fois plus d’argent qu’on n’en a dépensé électroniquement chez un commerçant. Le problème n’était pas l’absence de technologie. Il y avait des cartes, des applications, des terminaux. Le problème était que l’argent numérique ne trouvait pas où aller.

Si c’est vrai, alors l’Algérie n’a peut-être pas une génération de retard. Elle en a peut-être plusieurs, et la plus importante n’est pas technologique.

Voici donc l’hypothèse que je vais tester, en essayant de la réfuter plutôt que de la défendre : l’Algérie pourrait connaître le Mobile Money 2.0 sans avoir connu le Mobile Money 1.0. Pour cela, il faut d’abord dire ce qu’était le premier, et pourquoi il n’est jamais vraiment arrivé ici.

Chapitre 2 · Le Mobile Money que l’Algérie n’a jamais vraiment connu

Partons du problème, pas de la technologie.

Un homme travaille à Nairobi. Sa famille vit à trois cents kilomètres, dans un village sans banque. Il gagne en espèces. Pour envoyer de l’argent, il peut confier une enveloppe à un chauffeur de bus, avec le risque de la perdre, ou faire le voyage lui-même, ce qui lui coûte une journée de travail. Au milieu des années 2000, c’est la situation d’une grande partie du pays.

M-Pesa, lancé par Safaricom en 2007, répond à ce problème précis. Pas avec une banque, avec un opérateur mobile.

Comment fonctionne la première génération

L’architecture tient en peu d’éléments. La carte SIM sert d’identifiant. Le compte, ou wallet, est tenu par l’opérateur. On le manipule par USSD, ces codes du type *123# qu’on tape sur n’importe quel téléphone, même sans internet. Pour faire entrer de l’argent dans le système, on donne des billets à un agent, souvent un petit commerçant, qui crédite le wallet : c’est le cash in. Pour en sortir, on fait l’inverse chez un autre agent : c’est le cash out. Entre les deux, on envoie de l’argent d’un téléphone à l’autre : le P2P.

L’agent est la pièce décisive. Il transforme un opérateur télécom en réseau de guichets, sans construire une seule agence. Et il a un problème permanent : équilibrer ses billets et son solde électronique, ce que le secteur appelle le flottant.

Les effets ont été mesurés. En 2016, les économistes Tavneet Suri et William Jack ont publié dans Science une étude sur le Kenya : l’accès à M-Pesa aurait permis à environ 2 % des ménages kényans de sortir de l’extrême pauvreté, soit quelque 194 000 foyers, avec des effets plus marqués pour les ménages dirigés par des femmes.

La Tanzanie a ajouté une leçon différente. Plusieurs opérateurs y ont construit chacun leur wallet. En 2014, trois d’entre eux, Tigo, Airtel et Zantel, ont signé ce qui a été présenté comme le premier accord d’interopérabilité du Mobile Money en Afrique : envoyer de l’argent d’un réseau à l’autre. La GSMA a ensuite étudié ses effets. L’intérêt tanzanien est là : un marché à plusieurs wallets fermés finit par devoir les relier, sinon chaque opérateur reste une île.

Voilà ce que j’appellerai, pour cette série, le Mobile Money 1.0 : un téléphone qui déplace de l’argent entre personnes, au sein d’un écosystème largement contrôlé par l’opérateur, avec des agents aux deux extrémités pour entrer et sortir du cash.

Pourquoi l’Algérie n’a pas suivi ce chemin

La réponse la plus simple est réglementaire. En Algérie, les opérateurs télécoms n’ont pas eu le droit de tenir des comptes de paiement. Le paiement était réservé aux banques et à Algérie Poste. Il n’y a donc pas eu de M-Pesa algérien, parce qu’il n’y avait pas de cadre pour lui.

Mais cette réponse est incomplète. Elle suggère que l’Algérie « n’avait rien ». Ce n’est pas vrai. Elle avait une autre infrastructure, qui remplissait certaines des fonctions que le Mobile Money a dû inventer ailleurs.

Cette infrastructure, c’est Algérie Poste. Le compte courant postal, le CCP, est l’outil financier de masse du pays. Les salaires de nombreux agents publics et les pensions y transitent. Le réseau de bureaux de poste est présent dans des communes où les agences bancaires sont rares, même si je n’ai pas trouvé de chiffre récent et vérifiable pour mesurer cet écart. Là où le Kenya a dû inventer des agents pour que l’argent atteigne les villages, l’Algérie disposait déjà d’un guichet d’État très largement implanté.

Puis ce réseau s’est numérisé. La carte Edahabia est lancée en 2016. À la mi-2026, 18,59 millions de ces cartes circulent, soit quatre cartes de paiement algériennes sur cinq. L’application BaridiMob permet de consulter son compte, de payer des factures, de transférer de l’argent. En août 2025, le ministre de la Poste et des Télécommunications indiquait qu’elle comptait plus de cinq millions d’abonnés et traitait près de 60 millions d’opérations par an.

Autrement dit, l’Algérie a sauté une partie du Mobile Money 1.0 sans le savoir. Elle n’a pas eu besoin d’agents télécoms pour ouvrir des comptes à des millions de personnes : le compte postal l’avait déjà fait. Elle n’a pas eu besoin de l’USSD pour faire des virements entre particuliers : la carte et l’application postales le permettent.

Ce qui manquait quand même

Le Mobile Money 1.0 n’était pas seulement un outil pour ouvrir des comptes. C’était un réseau qui faisait circuler de l’argent entre des gens qui n’avaient rien d’autre. L’agent n’était pas seulement une porte d’entrée et de sortie. Il était souvent aussi un commerçant, capable d’accepter ce qu’il distribuait.

L’infrastructure postale algérienne a résolu la question du compte. Elle n’a pas résolu la question de la circulation. Un CCP reçoit un salaire. Il sert ensuite, massivement, à retirer des billets. C’est exactement le point où s’arrêtait ma série précédente.

Chapitre 3 · Quinze dinars retirés pour un dinar dépensé

Rappelons le constat de la série précédente en quelques chiffres, tous publiés par le GIE Monétique pour l’année 2025.

Les paiements électroniques et mobiles ont atteint 939 milliards de dinars. Mais 647 milliards de ce total sont des transferts de personne à personne, pas des achats. Si on les retire, il reste environ 292 milliards de dinars dépensés électroniquement chez un commerçant ou pour un service. Dans le même temps, les distributeurs automatiques ont délivré 4 397 milliards de dinars en billets. Un dinar dépensé pour quinze retirés. Et si l’on ne compte que le commerce physique, terminaux et QR marchand, le rapport tombe à un pour trente.

Le détail le plus parlant tenait dans deux intensités d’usage. Chaque distributeur traitait en moyenne près de 138 retraits par jour. Chaque terminal de paiement, à peu près une transaction tous les trois jours.

Les chiffres de 2026

Le premier semestre 2026 a apporté du neuf. Selon les chiffres du GIE Monétique relayés par la presse en août, les terminaux de paiement ont enregistré plus de 8 millions d’opérations pour 82 milliards de dinars, en hausse de 81 % en nombre et de 106 % en valeur sur un an. Plus de 1 000 commerçants en ligne acceptaient le paiement électronique, contre 644 un an plus tôt. Le paiement sur internet a dépassé 15,4 millions d’opérations, en hausse de 52 %.

La progression est réelle. Mais le parc a grossi plus vite encore : il est passé d’environ 78 000 terminaux en décembre 2025 à 119 430 en juin 2026. Rapporté à ce parc, le semestre donne entre onze et quatorze transactions par terminal et par mois, selon qu’on retient le parc de fin de période ou un parc moyen. Une transaction tous les deux à trois jours. Le calcul est le mien. Il dit que chaque terminal travaille un peu plus qu’en 2025, pas qu’il est devenu un point de passage courant.

Une précision de méthode : certains articles de la même période donnent un total semestriel de 346 milliards de dinars de paiements numériques, en hausse de 867 %, incompatible avec d’autres chiffres qu’ils citent. Faute d’accès à la publication primaire, je n’utilise que les chiffres cohérents entre eux.

Numérisé n’est pas circulant

Ces chiffres disent la même chose que l’an dernier, avec plus de volume : avoir de l’argent numérique n’est pas la même chose qu’avoir une économie où l’argent circule numériquement.

C’est ici que j’avais proposé une notion : la profondeur du circuit. Elle désigne le nombre de transactions successives qu’une somme peut effectuer sans devoir être convertie en billets.

Le circuit algérien ressemble le plus souvent à ceci :

A → B → cash

Un salaire arrive sur un CCP. Il est numérique. Il circule une fois, parfois deux, un virement à un proche, un paiement en ligne. Puis il sort, parce que la dépense suivante ne peut se faire qu’en billets. Un circuit profond ressemblerait plutôt à cela :

A → B → C → D → E

sans retour obligatoire aux billets.

La série précédente se terminait sur une correction que je dois rappeler ici. L’Algérie a déjà essayé de forcer l’acceptation, avec l’obligation faite aux commerçants de s’équiper d’un terminal, applicable depuis le 1er janvier 2025 après sept ans de reports. Le parc a augmenté. L’usage de chaque terminal n’a presque pas bougé. Un commerçant équipé a les mêmes raisons que ses clients de préférer les billets : son grossiste, son loyer, ses employés journaliers sont payés en espèces. La profondeur du circuit ne s’arrête pas à lui. Elle s’arrête après lui.

La question qui change le sujet

C’est là que l’arrivée des PSP devient intéressante, pour une raison qui n’a presque rien à voir avec la technologie.

Si les PSP ne servent qu’à ajouter une application de paiement de plus, ils ajouteront un point d’entrée dans le circuit sans le rendre plus profond. On aura un tuyau supplémentaire vers le distributeur.

Mais s’ils servent à connecter les morceaux aujourd’hui séparés du circuit, le compte postal, le compte bancaire, le commerçant, son fournisseur, la facture, alors ils peuvent changer autre chose que le nombre de wallets. Ils peuvent changer le nombre de destinations.

À partir de là, le sujet n’est plus le wallet. Le sujet est le réseau.

Chapitre 4 · Ce que change réellement un PSP

La loi monétaire et bancaire de juin 2023 crée une catégorie d’acteurs nouvelle : les prestataires de services de paiement, ou PSP. Le règlement 25-02 de la Banque d’Algérie, du 14 avril 2025, fixe les conditions pour en devenir un, et une instruction d’août 2025 les précise. Pour la première fois, une entreprise qui n’est ni une banque ni Algérie Poste peut tenir des comptes et faire circuler de l’argent.

Ce qui devient possible, en français simple

Un PSP agréé peut proposer, selon la liste du règlement, plusieurs services : des dépôts et retraits d’espèces, la tenue de comptes de paiement, des transferts et des ordres permanents, l’émission de cartes ou d’instruments équivalents, l’acquisition de paiements pour les commerçants, et des transferts d’argent internationaux.

Le compte de paiement est la pièce centrale. Toute personne, physique ou morale, peut en ouvrir un. On peut l’alimenter depuis un compte bancaire, un compte postal ou en espèces. Il ne peut pas être à découvert et ne rapporte pas d’intérêts. L’instruction d’août 2025 prévoit trois plafonds de solde : 100 000, 500 000 et 1 000 000 de dinars, avec des conditions d’ouverture différentes.

Le PSP peut s’appuyer sur des agents de services de paiement. Il doit vérifier leur inscription au registre du commerce, leurs compétences et leur capacité financière et technique, puis surveiller leur activité en permanence. C’est, en droit, la réintroduction de la figure de l’agent, celle qui a fait le Mobile Money 1.0.

Enfin, deux obligations structurantes. Un capital minimal de 160 millions de dinars pour constituer un PSP. Et l’obligation d’installer le siège et les plateformes de paiement sur le territoire algérien. Ce dernier point reviendra au chapitre suivant.

La procédure compte deux étapes. D’abord une autorisation de constitution, accordée par le Conseil monétaire et bancaire. Ensuite, dans un délai maximal de douze mois, une demande d’agrément auprès de la Banque d’Algérie. C’est la première étape que Djezzy Payment Services a franchie.

Djezzy, cas pratique

Pourquoi un opérateur télécom intéresse-t-il cette analyse plus qu’une jeune fintech ? Parce qu’il possède d’emblée ce qu’une fintech met des années à construire.

Une marque connue de tous. Une base d’abonnés : 18,1 millions à fin juin 2026, selon l’Agence Ecofin. Des boutiques et des revendeurs de recharges dans tout le pays, qui ressemblent beaucoup à un réseau d’agents potentiel. Une infrastructure de réseau. Des données sur la façon dont ses clients rechargent et consomment. Et une relation quotidienne avec des millions de personnes.

Un détail de contexte change la lecture. En 2022, le Fonds national d’investissement algérien a racheté à VEON ses parts restantes dans Djezzy, pour 682 millions de dollars. Le premier opérateur autorisé à se constituer en PSP est donc une entreprise publique.

Rien de cela ne garantit un succès. Une base d’abonnés n’est pas une base d’utilisateurs de paiement. Le Sénégal l’a montré : Orange Money y dominait. La fintech Wave, lancée dans le pays en 2018, a fait de la gratuité des dépôts et des retraits et de frais de transfert de 1 % son argument, et Orange a dû baisser ses prix en 2021. L’avantage d’un opérateur existe. Il ne le protège pas d’un concurrent qui change le prix du service.

Que se passe-t-il quand un opérateur devient une porte d’entrée ?

Je vois trois scénarios. Ce sont des projections, pas des prévisions.

Scénario minimal. Djezzy Payment Services ouvre des comptes de paiement, permet de recharger en espèces dans ses boutiques, de payer ses propres services et d’envoyer de l’argent à d’autres abonnés Djezzy. C’est un wallet fermé. Il ajoute un tuyau, pas une destination. Sa profondeur reste proche de un : l’argent entre, circule une fois, puis ressort en billets chez un agent.

Scénario intermédiaire. Le compte Djezzy est relié aux cartes Edahabia et CIB et au QR national. L’abonné peut payer chez un commerçant qui accepte déjà le QR, et recevoir de l’argent depuis un compte postal. Le circuit gagne quelques destinations. Mais il reste centré sur le particulier, et le commerçant qui reçoit l’argent continue de payer son fournisseur en espèces.

Scénario systémique. L’argent peut circuler sans friction entre PSP, banques, Algérie Poste, commerçants, services publics, entreprises et particuliers. Le commerçant encaisse sur un compte de paiement et règle son grossiste depuis ce même compte. Le grossiste paie ses salariés. Les salariés paient leurs factures. C’est seulement dans ce scénario que la profondeur du circuit augmente vraiment.

Ce troisième scénario ne dépend pas de Djezzy. Il dépend de l’interopérabilité entre tous les acteurs, et de la volonté de chacun de ne pas construire son île. En Tanzanie, il a fallu environ six ans entre le lancement des premiers wallets et l’accord qui a permis aux opérateurs de se connecter. Ailleurs, c’est la banque centrale qui a imposé le lien, comme la BCEAO avec sa plateforme de paiement instantané interopérable lancée à Dakar le 30 septembre 2025 pour les huit pays de l’UEMOA.

C’est dans ce troisième scénario, et seulement là, que commence la transition vers ce que j’appelle le Mobile Money 2.0.

Chapitre 5 · 5G, cloud souverain : l’infrastructure était absente de la première histoire

Une chose d’abord, pour éviter le contresens le plus fréquent : le paiement mobile n’a pas besoin de la 5G pour fonctionner.

M-Pesa a prospéré sur des réseaux 2G, avec des téléphones sans écran tactile. Un QR code fonctionne sur une connexion 3G ou 4G ordinaire. La 5G n’explique donc pas l’existence du paiement mobile, et elle ne donnera à aucun boulanger une raison d’accepter un paiement numérique.

La question intéressante est ailleurs. Que devient un système financier mobile quand il apparaît dans un pays où la connectivité, le calcul et l’hébergement des données changent eux-mêmes de génération au même moment ? Le Kenya de 2007 n’avait ni cloud, ni API ouvertes, ni agents intelligents. Ils sont arrivés après, et il a fallu les greffer sur un système déjà construit.

Un signe le montre. En septembre 2025, Safaricom a annoncé la plus grande refonte de M-Pesa depuis 2015, qu’elle a baptisée « Fintech 2.0 » : une plateforme cloud-native, répartie sur plusieurs sites actifs en même temps, capable de passer de 4 500 à 6 000 transactions par seconde, avec de l’intelligence artificielle pour la détection de fraude et la surveillance en temps réel. Le pionnier du Mobile Money 1.0 a dû reconstruire son infrastructure pour entrer dans la génération suivante. L’Algérie, elle, n’a rien à reconstruire. C’est l’argument le plus solide en faveur de l’hypothèse de départ.

Ce que la 5G apporte vraiment

Les licences 5G de Mobilis, Djezzy et Ooredoo ont été attribuées par décrets publiés au Journal officiel le 20 novembre 2025, pour près de 492 millions de dollars au total selon l’Agence Ecofin. Le lancement commercial a eu lieu début décembre 2025. Le cahier des charges prévoit sept wilayas prioritaires la première année, dont Alger, Constantine et Sétif, et 95 % du territoire en huit ans. Au 1er mars 2026, Djezzy annonçait sa présence dans 18 wilayas, ce qui ne veut pas dire que ces wilayas sont entièrement couvertes.

Pour les services financiers, la 5G apporte plus d’appareils connectés au même endroit, une latence plus faible, plus de capacité. Cela rend plus réalistes des terminaux marchands toujours connectés, des objets qui paient eux-mêmes, des services en temps réel pour les entreprises. Mais tout cela suppose que le paiement soit déjà installé. La 5G n’est pas la condition du paiement. Elle peut devenir l’infrastructure de certains services construits autour de lui.

Ce que « cloud souverain » veut dire, et ce qui existe

Un cloud souverain n’est pas simplement un serveur situé en Algérie. C’est une infrastructure dont on maîtrise à la fois l’emplacement des données, le droit qui s’y applique, l’exploitation, les accès, la résistance aux pannes et aux attaques, et la continuité si un fournisseur étranger disparaît.

Voici ce qui existe. Le 6 juillet 2026, le président Abdelmadjid Tebboune a inauguré à Mohammadia, à Alger, le Centre national des services numériques. Il fonctionne sur deux sites, Mohammadia et Blida, qui tournent en même temps, avec une disponibilité annoncée de 99,98 %. Il héberge des données et des services de l’administration et une plateforme de cloud présentée comme souveraine. Il a été réalisé par un consortium mené par Huawei. Le data center de Mohammadia a été certifié Tier III en février 2026 ; celui de Blida a obtenu en septembre une certification Tier III Design, qui porte sur la conception, pas encore sur l’ouvrage construit. Un décret présidentiel du 30 décembre 2025 fait par ailleurs des données un actif stratégique de l’État.

C’est donc une infrastructure publique, opérationnelle pour l’administration. Je n’ai trouvé aucun document indiquant qu’elle héberge des services financiers privés ou des PSP.

Là où les deux souverainetés se rejoignent

Le cadre des PSP va pourtant dans ce sens : l’instruction d’août 2025 impose aux PSP d’installer leurs plateformes de paiement sur le territoire algérien.

Reste la suite. Un écosystème de PSP produit des identités vérifiées, des historiques de paiement, des profils de dépense, bientôt des modèles de décision automatisés. Qui les héberge ? Sous quel droit ? Avec quels logiciels ? Un pays qui maîtrise sa monnaie mais pas l’infrastructure où circulent les données de cette monnaie ne maîtrise qu’une partie de son système de paiement. C’est ici que souveraineté numérique et souveraineté financière se rejoignent.

Les limites

Un cloud national n’est pas automatiquement performant, et un système de paiement ne tolère pas les interruptions. Souverain ne veut pas dire sécurisé : une infrastructure locale mal administrée est plus exposée qu’une infrastructure étrangère bien tenue. L’hébergement local ne dit rien de la qualité des logiciels. Et le socle de la souveraineté numérique algérienne a été construit par un fournisseur étranger. Cela ne l’annule pas, puisque la souveraineté porte sur le contrôle plutôt que sur l’origine du matériel. Mais cela rappelle qu’elle se juge à l’exploitation, aux compétences et à la gouvernance.

Les systèmes de paiement ont aussi besoin de standards communs et d’interopérabilité, y compris avec l’étranger. La souveraineté est une architecture, pas une autarcie. Et même réussie, elle ne résout pas le problème posé par cette série. Un cloud souverain ne transforme pas automatiquement une économie du cash.

Chapitre 6 · Quand le wallet commence à comprendre ce qu’on lui demande

L’histoire des interfaces financières tient en une ligne : le guichet, la carte, le site de la banque, l’application, le wallet. Et maintenant, peut-être, l’agent. Avec lui, la logique change. On ne clique plus bouton par bouton. On formule un objectif.

Quatre mots qu’on confond

Un chatbot répond à des questions, souvent à partir d’un script. Un assistant IA comprend des questions plus libres et aide à trouver une information. L’IA générative produit du texte, des images ou du code. Un agent IA comprend un objectif, le découpe en étapes, interroge plusieurs systèmes, utilise des outils, prépare des actions, demande une validation et, dans certains cas, exécute des opérations qu’on l’a autorisé à faire.

Un chatbot répond. Un agent agit.

Ce que cela donnerait dans un wallet

Pour rester honnête, je classe les usages selon ce qu’on en sait.

Ce qui existe aujourd’hui, en Algérie. Rien de tout cela à l’échelle du paiement. Je n’ai trouvé aucun service de paiement algérien qui propose un agent capable d’agir sur un compte. Les PSP eux-mêmes ne sont pas encore agréés.

Ce qui existe ailleurs, à l’état de protocoles et de pilotes. En septembre 2025, Google a publié avec plus de soixante entreprises de paiement et de technologie un protocole ouvert, l’Agent Payments Protocol, conçu pour que des agents puissent initier des paiements. Les grands réseaux de cartes travaillent sur des dispositifs comparables. Ce sont des normes en construction, pas des usages de masse.

Ce qui est techniquement possible. Répondre à « combien puis-je dépenser cette semaine sans toucher à mon loyer ? ». Expliquer un paiement échoué. Retrouver une opération inconnue. Pour un commerçant : rapprocher les paiements du jour de ses ventes, préparer le règlement de ses fournisseurs, alerter avant que la trésorerie passe sous un seuil. Pour un PSP : assister le support, aider à vérifier l’identité d’un client, surveiller les anomalies, trier les litiges.

Ce qui est probable, à moyen terme. Que les premiers usages soient ceux qui ne déplacent pas d’argent : expliquer, alerter, classer, détecter. Et, du côté des PSP, la détection de fraude, que Safaricom dit déjà confier à l’IA dans sa nouvelle plateforme.

Ce qui est spéculatif. Qu’une majorité d’Algériens confie un jour à un agent le soin de payer ses factures ou de répartir ses revenus entre charges, épargne et trésorerie.

Pourquoi un agent financier est plus dangereux qu’un chatbot

Un chatbot qui se trompe donne une mauvaise réponse. Un agent financier qui se trompe peut envoyer de l’argent au mauvais destinataire.

Les risques sont connus. L’hallucination : le modèle invente une échéance ou un bénéficiaire. L’injection d’instructions : une facture piégée contient un texte qui ordonne à l’agent de changer le compte de destination. Des permissions excessives, accordées faute d’avoir limité ses droits. La fraude et le vol d’identité, qui gagnent un intermédiaire de plus à tromper. Et la responsabilité : qui répond d’un paiement exécuté par un agent, le client, le PSP ou l’éditeur du modèle ?

Une note du FMI publiée en avril 2026 formule le problème de fond avec précision. Un agent prend des décisions probabilistes. Un système de paiement exige des résultats déterministes : un paiement a eu lieu ou n’a pas eu lieu, et on doit savoir exactement qui l’a ordonné. Les auteurs décomposent chaque opération en trois moments, l’intention, l’autorisation et le règlement, et concluent que l’essentiel dépendra de la gouvernance autant que de la technologie.

Le mandat numérique

D’où l’idée qui me paraît la plus importante de ce chapitre : dans la finance agentique, la question ne sera pas seulement « que sait faire l’IA ? », mais « qui lui a donné le droit de le faire ? ».

Une intelligence artificielle peut savoir payer une facture. Encore faut-il qu’elle ait le droit de le faire.

J’appellerai mandat numérique l’ensemble des droits qu’un utilisateur délègue à un agent. Un mandat sérieux a un périmètre, par exemple les factures d’électricité et d’eau. Une durée. Des plafonds. Une liste de bénéficiaires autorisés. Et des opérations qui exigent toujours une confirmation humaine, comme « demande-moi avant chaque paiement supérieur à 10 000 dinars ».

L’idée n’est pas purement théorique. Le protocole de Google repose précisément sur des « mandats » signés cryptographiquement : l’un enregistre l’intention de l’utilisateur et ses limites, l’autre la validation d’un panier précis quand l’humain est présent. Le tout laisse une trace qu’on ne peut pas contester après coup. Rien de cela n’existe dans le droit algérien des paiements, qui ne connaît pas encore l’agent logiciel comme acteur.

Le lien avec le chapitre précédent

Pour fonctionner, un agent financier consulte l’identité de l’utilisateur, ses revenus, ses dépenses, ses bénéficiaires, ses factures, parfois sa localisation. C’est le portrait le plus complet qu’on puisse dresser d’une personne. Où tourne le modèle ? Où sont stockées les données qu’il consulte ? Sous quelle juridiction ? Qui peut auditer ses décisions ?

C’est là que les quatre couches de l’hypothèse se rejoignent : le paiement, porté par les PSP ; la connectivité ; l’infrastructure de données ; l’intelligence. Chacune rend les autres plus utiles. Aucune ne suffit seule.

Chapitre 7 · On peut sauter une technologie. Pas un réseau.

Après six chapitres, on pourrait être tenté d’additionner : PSP, plus 5G, plus cloud souverain, plus IA agentique, égale un nouveau système financier. Je refuse cette addition. Pour une raison simple, que tous les chapitres précédents ont laissée de côté : le commerçant.

Un client entre dans une épicerie d’Oran. Il paie ses courses depuis son compte de paiement, par QR code. La transaction est rapide, sécurisée, hébergée en Algérie, peut-être analysée par un agent qui signale au client qu’il a déjà dépensé 80 % de son budget de la semaine. Tout a fonctionné.

Que fait l’épicier ensuite ?

Peut-il payer son grossiste depuis ce compte ? Son propriétaire ? Ses deux employés ? Le livreur ? L’électricité de la boutique ? Ses impôts ? Ses propres courses ?

Si la réponse est, à la deuxième ou troisième question, « non, il faut retirer », alors tout l’édifice n’a pas résolu le problème. Nous revenons exactement au point de départ :

A → B → cash

Les deux schémas

Voici ce que l’Algérie a devant elle.

Mobile Money historique

Téléphone
   ↓
SIM
   ↓
Wallet
   ↓
P2P
   ↓
Agent
   ↓
Cash

Mobile Money 2.0 possible en Algérie

Utilisateur
   ↓
4G / 5G
   ↓
PSP · Banque · Algérie Poste
   ↓
Compte de paiement
   ↓
Infrastructure cloud souveraine
   ↓
APIs et interopérabilité
   ↓
IA / agents
   ↓
Commerçants · services publics · entreprises · particuliers
   ↓
nouvelle transaction
   ↓
nouvelle transaction
   ↓
nouvelle transaction

Dans le premier schéma, le parcours se termine souvent par le cash. Dans le second, le réseau doit permettre de continuer. Tout est dans ce « doit » : les technologies du second schéma rendent la continuation possible, pas probable.

Ce qu’on peut sauter, et ce qu’on ne peut pas

C’est le résultat principal de cette série, et ce n’est pas celui que je cherchais.

L’Algérie peut peut-être sauter une génération technologique. Elle ne peut pas sauter la construction du réseau économique qui rend cette technologie utile.

On peut sauter l’USSD. On peut éviter certains silos, puisque d’autres ont déjà appris ce qu’ils coûtent. On peut commencer avec le smartphone, les API, la 5G, le cloud et l’IA. On ne peut pas sauter l’acceptation marchande, la confiance, l’interopérabilité et la profondeur. On peut sauter l’USSD. On ne peut pas sauter le commerçant.

Les autres pays le montrent chacun à leur manière. Le Ghana a rendu ses wallets interopérables en mai 2018, puis a taxé les transactions électroniques de mai 2022 à mars 2025 avec l’e-levy : selon le Centre international pour la fiscalité et le développement, la taxe n’a rapporté qu’environ 12 % des recettes prévues, et les transactions ont d’abord baissé avant de repartir. Un circuit se construit lentement et se fragilise quand on le taxe à chaque passage. Au Nigeria, début 2023, la pénurie de billets liée au changement de coupures a poussé des millions de personnes vers les virements. Les paiements électroniques traités par le NIBSS, l’opérateur interbancaire, sont passés de 387 000 milliards de nairas en 2022 à 600 000 milliards en 2023. Je ne sais pas quelle part revient à la crise des billets, l’inflation jouant aussi, mais la séquence suggère qu’un choc peut forcer la profondeur. L’Égypte, enfin, a porté l’inclusion financière de 27,4 % en 2016 à 76,3 % en 2025, avec plus de 16 millions d’utilisateurs de son système de paiement instantané InstaPay, et sa banque centrale parle toujours de « transition » vers une économie moins dépendante du cash. Ouvrir des comptes et faire circuler l’argent restent deux problèmes différents.

Les conditions

Le scénario du Mobile Money 2.0 n’est pas impossible. Il suppose trois familles de conditions.

Le réseau. Une interopérabilité réelle entre PSP, banques et Algérie Poste. Un QR national largement accepté. Des coûts faibles pour le commerçant comme pour le client. Des agents pour entrer et sortir du cash aux heures utiles, car un circuit dont on ne peut pas sortir inquiète autant qu’un circuit où l’on ne peut pas entrer. Et surtout, des paiements entre entreprises, des factures et des services publics payables depuis un compte de paiement.

La confiance. Une cybersécurité solide, une protection effective du consommateur, des recours en cas d’erreur, une identité numérique fiable.

La gouvernance. Des API ouvertes, un hébergement robuste, et des règles claires pour les agents IA : qui les autorise, dans quelles limites, sous quelle responsabilité.

Aucune de ces conditions n’est technologique au sens de la 5G ou de l’IA. Ce sont des conditions d’organisation, de prix et de droit.

La bonne question pour Djezzy

Reste le point de départ. Il serait tentant de juger Djezzy Payment Services, une fois agréé, au nombre de comptes ouverts ou de téléchargements de son application. Ce seraient de mauvais indicateurs. Un million de comptes qui reçoivent de l’argent et le renvoient au distributeur dans l’heure ne changent rien.

La question intéressante est ailleurs : combien de destinations économiques supplémentaires un dinar numérique gagnera-t-il grâce à l’arrivée des PSP ?

Et derrière elle, la question que posait déjà ma série précédente : combien de transactions successives un dinar peut-il effectuer avant que quelqu’un ait besoin de le transformer en billet ?

Aujourd’hui, la réponse est souvent un. Si elle passe à deux, puis cinq, puis dix, quelque chose de structurel aura changé. Pas parce qu’une nouvelle application aura été lancée. Parce qu’un dinar n’aura plus besoin de sortir du réseau pour continuer à être utile.

Encadré · Définitions de travail

« Mobile Money 2.0 » n’est pas une norme. L’expression circule dans l’industrie sans définition partagée. Safaricom a par exemple appelé « Fintech 2.0 » la refonte de la plateforme M-Pesa annoncée en septembre 2025. Dans cette série, ces deux expressions désignent des catégories analytiques, construites pour les besoins du raisonnement.

Mobile Money 1.0. Le téléphone permet de déplacer de l’argent. Architecture : SIM, USSD, wallet tenu par l’opérateur, agents pour le cash in et le cash out, transferts entre personnes, écosystème largement fermé autour de l’opérateur. Parcours type : wallet → transfert → retrait.

Mobile Money 2.0. Le téléphone devient la porte d’entrée vers une infrastructure financière programmable. Parcours type : compte de paiement → interopérabilité → paiement marchand → services financiers → API → cloud → données → automatisation → agents intelligents.

Ce que la recherche a fait à cette définition. Elle tient, avec une correction. Le critère décisif du Mobile Money 2.0 n’est pas la présence du cloud, des API ou de l’IA. C’est la profondeur du circuit : le nombre de transactions successives qu’un dinar peut effectuer sans être converti en billets. Une infrastructure programmable dans laquelle l’argent entre et ressort aussitôt reste, par sa fonction, un Mobile Money 1.0 sophistiqué.

Schéma · Les quatre couches

┌──────────────────────────────────────────────────────────────┐
│ 4. INTELLIGENCE                                              │
│    IA, agents, détection de fraude, assistance financière,   │
│    orchestration, interfaces conversationnelles              │
│    État : spéculatif pour le paiement algérien               │
├──────────────────────────────────────────────────────────────┤
│ 3. INFRASTRUCTURE                                            │
│    Cloud national et souverain, data centers, API,           │
│    identité, cybersécurité, hébergement local des données    │
│    État : opérationnel pour l’administration (juillet 2026)  │
├──────────────────────────────────────────────────────────────┤
│ 2. RÉSEAU                                                    │
│    4G, 5G, smartphones, réseaux télécoms                     │
│    État : 5G lancée en décembre 2025, déploiement progressif │
├──────────────────────────────────────────────────────────────┤
│ 1. PAIEMENT                                                  │
│    PSP, comptes de paiement, banques, Algérie Poste,         │
│    Edahabia, CIB, QR, paiement marchand, agents              │
│    État : cadre posé (2023-2025), aucun PSP agréé connu,     │
│    une autorisation de constitution (septembre 2026)         │
└──────────────────────────────────────────────────────────────┘
        ▲
        │  Socle que les quatre couches ne fournissent pas :
        │  acceptation marchande, paiements entre entreprises,
        │  confiance, interopérabilité effective.
        │  C’est lui qui fixe la profondeur du circuit.

Les couches se renforcent mutuellement, mais elles s’empilent sur un socle qu’aucune d’elles ne construit. La série montre que la couche la plus avancée en Algérie est l’infrastructure publique, et que la plus décisive, le paiement au sens d’un réseau d’acceptation, est la moins avancée.

Conclusion générale

J’ai commencé avec une hypothèse séduisante : l’Algérie pourrait entrer directement dans le Mobile Money de deuxième génération, parce qu’elle arrive au moment où la 5G, le cloud souverain et l’intelligence artificielle changent eux-mêmes de génération.

Une partie de cette hypothèse résiste. L’Algérie n’aura pas à reconstruire un système USSD vieillissant, comme Safaricom a dû refondre M-Pesa. Son cadre réglementaire arrive après que d’autres ont appris le coût des wallets fermés. Elle impose déjà la localisation des plateformes de paiement. Et son infrastructure postale a résolu, bien avant les PSP, la question de l’accès à un compte pour des millions de personnes.

Une autre partie ne résiste pas. Aucune de ces technologies ne crée de destination pour l’argent. La série précédente montrait que l’Algérie a déjà des cartes, des applications et des terminaux, et que l’argent en ressort presque aussitôt. Ajouter des PSP, de la 5G, du cloud et des agents à ce circuit sans l’approfondir reviendrait à numériser davantage un système qui s’arrête au même endroit.

La conclusion est donc paradoxale. L’Algérie peut peut-être sauter le Mobile Money 1.0 en tant que technologie. Elle ne peut pas sauter les problèmes auxquels il répondait. Faire accepter l’argent numérique par le commerçant, puis par son fournisseur. Rendre la sortie vers le cash possible sans la rendre nécessaire. Construire la confiance.

La vraie question de la série est donc celle-ci : l’Algérie est-elle en train de numériser son ancien système financier, ou de construire les conditions d’un système différent ? Aujourd’hui, les données disent plutôt la première chose. Le cadre des PSP rend la seconde possible. Le test ne sera ni la 5G, ni l’IA, ni le nombre de wallets. Ce sera la profondeur.

Combien de fois un dinar numérique pourra-t-il changer de mains avant que quelqu’un ait besoin d’un billet ?

Sources, chapitre par chapitre

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Données et dates utilisées

DonnéeValeurDateStatut
Autorisation de constitution de Djezzy Payment ServicesDécision du Conseil monétaire et bancaireAnnoncée le 23 septembre 2026Fait vérifié (presse citant la Banque d’Algérie)
Délai pour la demande d’agrément12 mois maximumÀ compter de la notificationFait vérifié
Agrément de Djezzy Payment ServicesAucun trouvéAu 28 septembre 2026Fait vérifié par absence
Abonnés Djezzy18,1 millionsFin juin 2026Fait (Agence Ecofin)
Rachat de Djezzy par le FNI682 millions de dollars2022Fait (communiqué VEON)
Règlement PSPn° 25-0214 avril 2025Fait
Instruction d’applicationn° 06-2025Août 2025Fait (El Watan)
Capital minimal d’un PSP160 millions de dinarsAoût 2025Fait (El Watan)
Plafonds des comptes de paiement100 000, 500 000 et 1 000 000 DAAoût 2025Fait (El Watan)
Retraits aux distributeurs4 397 milliards DA2025Fait (GIE Monétique)
Paiement électronique hors P2Penviron 292 milliards DA2025Calcul de l’auteur
Opérations sur TPEplus de 8 millions, 82 milliards DA1er semestre 2026Fait (GIE Monétique via la presse)
Parc de terminauxenviron 78 000 puis 119 430Décembre 2025, juin 2026Fait (sources de la série précédente)
Transactions par terminal et par moisentre 11 et 141er semestre 2026Calcul de l’auteur
Web-marchandsplus de 1 000 (contre 644)1er semestre 2026Fait
Cartes Edahabia18,59 millionsFin juin 2026Fait (série précédente)
BaridiMobplus de 5 millions d’abonnés, près de 60 millions d’opérations par anAoût 2025Déclaration ministérielle
Licences 5Gdécrets au JO20 novembre 2025Fait
Lancement commercial 5Gdébut décembre 2025Fait
Djezzy 5G18 wilayas1er mars 2026Communiqué de l’entreprise
Centre national des services numériquesinauguré6 juillet 2026Fait
Data center de Blidacertification Tier III DesignSeptembre 2026Fait
M-PesalancéMars 2007Fait
M-Pesa Fintech 2.0de 4 500 à 6 000 transactions par seconde19 septembre 2025Communiqué de l’entreprise
Kenya, effet de M-Pesa2 % des ménages, environ 194 000 foyersÉtude de 2016Fait (étude publiée)
Interopérabilité en Tanzaniepremier accord entre opérateurs2014Fait
Interopérabilité au GhanalancementMai 2018Fait
E-levy au Ghanaenviron 12 % des recettes prévues, abrogéeMai 2022 à mars 2025Fait (ICTD)
PI-SPI de la BCEAOlancement30 septembre 2025Fait
Nigeria, paiements NIBSS387 000 puis 600 000 milliards de nairas2022, 2023Fait (presse citant NIBSS)
Égypte, inclusion financière27,4 % puis 76,3 %2016, juin 2025Fait (banque centrale)
Égypte, InstaPayplus de 16 millions d’utilisateursJuin 2025Fait (banque centrale)
Note du FMI sur l’IA agentiquepublicationAvril 2026Fait
Protocole AP2publication16 septembre 2025Fait

Zones où les données sont insuffisantes

  • Le statut exact de Djezzy Payment Services après le 23 septembre 2026. Je n’ai pas pu consulter directement le communiqué de la Banque d’Algérie, seulement sa reprise concordante par plusieurs médias. Les services envisagés et le calendrier ne sont pas publics.
  • Les autres autorisations de PSP. Je n’ai trouvé aucune liste publique des entités autorisées ou agréées depuis 2025. Je ne peux donc pas dire si Djezzy est le premier acteur de toute la catégorie, seulement que la presse présente sa décision comme une première.
  • Le texte intégral du règlement 25-02 et de l’instruction 06-2025. Leur contenu est rapporté par la presse. Certaines dispositions, notamment sur la protection des fonds des clients et les exigences de sécurité informatique, n’ont pas pu être vérifiées article par article.
  • Les chiffres agrégés du premier semestre 2026. Les totaux publiés dans la presse (346 milliards de dinars, hausse de 867 %) sont incohérents avec d’autres chiffres de la même période. Les retraits aux distributeurs du semestre n’ont pas été trouvés. Le rapport de un à quinze ne peut donc pas être actualisé.
  • La couverture 5G réelle. Les opérateurs annoncent des wilayas desservies, pas des taux de couverture de la population. Aucune donnée publique de l’ARPCE sur le nombre d’abonnés 5G n’a été trouvée.
  • Le cloud souverain et le secteur financier. Aucun document ne précise si les infrastructures publiques inaugurées en 2026 hébergeront des acteurs financiers privés, ni à quelles conditions. La définition officielle du « cloud souverain » n’est pas publiée sous forme normative.
  • Le réseau d’Algérie Poste. Je n’ai pas trouvé de chiffre récent et vérifiable sur le nombre de bureaux de poste et de comptes CCP actifs.
  • La nature des transferts de personne à personne. Comme dans la série précédente, rien ne permet de savoir quelle part correspond à des règlements commerciaux.
  • La profondeur du circuit. Elle reste une notion construite pour l’analyse. Elle n’est mesurée nulle part. Seuls des indices indirects, comme l’intensité d’usage des terminaux, permettent de l’approcher.
  • L’IA agentique dans le paiement algérien. Aucun usage n’existe à ma connaissance. Tout ce que le chapitre 6 décrit pour l’Algérie relève du possible ou du spéculatif.

See also — Fifteen dinars withdrawn for one spent, the series this one follows on from.

Moïse Bienheureux Selph anchors the news and hosts Africa Tech on Ifrikya FM. He is the founder of Lobaka.